culture: le culte traditionnel NZOBI.

Publié le par Le Précurseur

 

 

Le CULTE NZOBI: Parole et Justice

 

«paroles et des gestes pour que règnent la justice et la paix; herméneutique du culte traditionnel

NZOBI  dans les régions de la Lékoumou, du Niari et de la Cuvette-ouest au Congo Brazzaville.»


 

Comme tous les citoyens du monde, les habitants des régions de la Lékoumou du Niari et de

la Cuvette ouest au Congo Brazzaville aspirent à se réaliser dans une nation où règnent la justice et la

paix. Cette aspiration ne date pas d’aujourd’hui mais elle est aussi vieille que le monde. Jadis déjà, elle

suscita aux ancêtres des tribus Téké, Kota, Mbamba, Mbéti, Mboko, Ngaré et Nzabi qui peuplent ces

régions, d’initier un culte ayant pour but de faire prévaloir la justice parmi les peuples de ladite région.

C’est ainsi que vit le jour ce qu’on appelle le culte traditionnel "NZOBI". De prime abord, nous ne

pouvons ne pas nous poser quelques questions du genre:


            En quoi consiste vraiment ce culte?


Quelle est la place de la parole dans ce culte?


De ce culte découle-t-il réellement une justice?

 

Effectivement, le culte traditionnel "NZOBI" est un culte très influent pour les populations des

régions de la Lékoumou, du Niari, et de la Cuvette-Ouest au Congo Brazzaville, notamment dans les

localités telles que Zananga, Mossendjo, Mbinda,… Il est l’apanage de quelques initiés guérisseurs qui

prétendent établir et faire régner la justice dans les villages. Il ne relève donc d’aucune législation ou

juridiction sinon que de la mystique africaine. Quand intervient ce culte? Comment se déroule-t-il et

quelles en sont les conséquences?


Le culte NZOBI intervient lors des conflits, des litiges, ou dans des situations pour lesquelles on veut

connaître ou découvrir le coupable. Au lieu de faire recours au conseil des sages bien en place, certaines

personnes préfèrent se faire justice elles-mêmes, en se faisant aider par un initié féticheur, «être du culte

 NZOBI.»
Les cérémonies débutent par des sonneries de trompe faite dans une corne de "Bongo", dans

l'intention de rassembler les esprits épars dans la nature, avant de pénétrer dans l'enclos sacré pour ne

pas les surprendre et éviter que, troublés par une arrivée insolite, ils ne fuient. Les adeptes doivent

manifester leur présence par un bruit sec obtenu en tapant avec la main droite sur une feuille placée sur la

main gauche formant un cornet.

 

A l’intérieur du sanctuaire ce sont d’abord des chants à plusieurs voix avec réponse des

assistants, puis des danses sur un rythme de plus en plus rapide des Tam-tam, jusqu’à ce que les esprits se manifestent par la bouche de l’un d’entre eux.

La communication s’établit en général très vite et la prise de possession de l’esprit du féticheur

se traduit selon le cas par des visions de plus en plus nettes des choses ou des personnes, par des

paroles prophétiques et dans les cas extrêmes par des transes convulsives. Ensuite le féticheur, après

quelques incantations, égorge un coq en sacrifice, puis lance   mystiquement, en prononçant de façon 

Il s’agit souvent de maladies visibles et remarquables (extérieurement), sauf pour des cas où le consultant

très irrité propose comme sentence la foudre: dans ce cas, c’est la mort qui est au rendez-vous. On se

sert également du NZOBI pour obtenir une protection contre tous les autres fétiches.

Ayant des conséquences très néfastes sur le coupable, ce culte provoque une peur inqualifiée chez tous

 les habitants qui se sentent obligés de bien se tenir  dans le village. Ceci étant, certains maux comme le

vol, l’adultère, le viol, le meurtre …, sont très rares dans les localités où ce culte est pratiqué.

 

A l’exemple de tous les cultes, le culte NZOBI est constitué également d’un rite fait  de

 paroles et des gestes (incantations, mouvements et danses); comme nous venons de le voir tantôt. Mais

la parole revêt un caractère très spécifique dans le culte NZOBI en ce sens que c’est elle qui détermine

le but qu’on veut atteindre. Ainsi, on peut se tromper dans l’exécution d’un geste rituel, peu importe,

 mais on ne se trompera pas dans la prononciation d’une telle parole rituelle sous peine d’obtenir des

résultats indésirés ou inattendus. C’est donc la parole qui fait exister le culte NZOBI et sans elle, il   n'y a

pas de culte NZOBI; par conséquent, sans NZOBI, pas de justice pour les adeptes qui traitent

d’incompétente la justice des sages du village. Et pourtant, loin de résoudre les situations qui opposent

les deux parties, le culte NZOBI se contente et se limite à retrouver le fautif ou le coupable dans l’affaire

soumise en lui attribuant une sanction mystique selon le désir de la partie qui fait recourt. Vu de la sorte,

 peut-on vraiment parler de justice? Qu’est-ce que finalement la justice? Mieux encore, quelle est la fin de

 la justice?

 

            Pour tenter de répondre à ces questions, il faut qu'au préalable nous prenons connaissancedes

 termes tels que: justice, injustice et paix. Sur ce, le terme justice peut désigner une vertu morale:

«cuique tradere.»
(Donner à chacun ce qui lui revient) (Saint Augustin, cité in relations humaines et

sciences contemporaines, Saint Paul, Fribourg, 1956, p. 1774)


           
C’est la qualité de l’âme relative au souverain bien. La justice facilite donc la vie en société en ce
sens que grâce à elle autrui accède aux privilèges qui sont les siens. Ainsi, le terme justice peut désigner

aussi l’institution chargée de dire le droit au justiciable. Celui-ci attend d’elle de savoir qui a raison ou

tort dans un cas de litige. Tandis que l’injustice est le contraire de la justice c’est-à-dire, le manque de

respect pour les droits individuels et collectifs. La paix par contre est selon saint Augustin «chose de

plus que la simple absence de la guerre et du sang versé. C’est la tranquillité dans l’ordre.» (Saint Augustin, idem)


               
S’il faut se limiter à cette conception de la justice, nous pouvons sans aucun risque déduire que le

culte NZOBI est plus ou moins dans la logique de la justice en ce sens que même lorsque le vrai coupable, voulant tromper la vigilance de tous, arrive à faire recours en premier au culte NZOBI, le résultat est le même. Ayant fait recours lui-même, il est frappé sans aucune restriction. Cela fait que de moins en moins ce culte est pratiqué de nos jours. Car, ne sachant pas qui est vraiment coupable, on a peur de découvrir que ce soit un proche parent qui serait frappé de la sanction et qu’on ne puisse plus rien faire. Face à tout cela, que nous dit la Bible? DIEU, partage-t-il le même sens de la justice que les Hommes?

 

La justice selon la Bible, c’est la relation juste entre les humains et avec Dieu. Elle est une réalité essentielle dans l’Ancien Testament. Dans le Nouveau Testament, elle est beaucoup plus qu’une institution « de justice.» C'est la relation personnelle que le Dieu de Jésus offre à chacun, quel qu'il soit, pour transformer sa vie et ses relations. Loin d'être punitive, la justice de Dieu devient salvifique. On y retrouve la double appellation vétérotestamentaire «fidèle et juste» (Cf. Dt 32, 4). Jadis on attendait que Dieu manifeste sa justice en récompensant ceux qui s'étaient montrés fidèles à la Torah et en châtiant les impies. Mais Dieu fidèle et juste, pardonne aux pécheurs qui confessent leurs péchés. La justice de Dieu contrairement à celle des hommes, débouche toujours sur la miséricorde.

             C'est à cela que nous voudrions aboutir pour montrer que toute justice qui ne prendrait pas en compte la notion de miséricorde est d'ores et déjà une justice purement humaine, et de ce fait limitée. Car il n'y a point d'hommes justes mais des hommes qui savent et peuvent se repentir. Tenant compte de cela, la justice rendue par le culte traditionnel NZOBI est une justice «» qu'il faudrait dépasser et remplacer par une justice plus ou moins réparatrice, inspirée de Dieu.

 

Somme toute, il faut reconnaître que la notion traditionnelle de Dieu chez les Téké, les Mbamba, les Mbéti, les Mboko, les Ngaré, les Kota et les Nzabi ne donne pas lieu à un culte. Celui-ci est réservé aux génies et aux dieux de la terre, de la maison, des morts, des ancêtres … Dès lors, comment faire intégrer la notion de justice de Dieu dans les us et coutumes de ces peuples. C’est sur ce chantier que nous terminons en faisant percevoir la pressente nécessité d’une nouvelle évangélisation, mieux d’une évangélisation en profondeur, sans quoi nous ne pouvons être façonnés par la parole de Dieu et œuvrer pour la «justice» et la paix.

Venceslas  MPASSY

6ème Année

Publié dans page culturelle

Commenter cet article