spiritualité: récollection du 21 mars 2008.

Publié le par Le Précurseur

Programme de la récollection

Vendredi Saint (21 mars 2008)

 

Thème : L’amour mène à la passion.

 

6 h 00        : Lever

6 h 30        : Laudes- petit déjeuner

7 h 30        : Causerie

8 h 30        : Chemin de croix- Méditation

12 h 15      : Milieu du jour- Repas- Repos

15 h 00      : Fin de la sieste

15 h 30      : Office des Lecteurs

16 h 00      : Possibilité de confession

18h 30       : Célébration de la Passion- Repas.
21 h 45      : Complies en fraternité

22 h 00      : Couvre feu

  

Textes de méditation : Mt 16, 24-28

                                     Is 52, 13-53,12

                                     He 4, 14-16 ; 5, 7-9

 

 

                                                          Abbé Cyprien OUEDRAOGO, Diacre.

Récollection du vendredi Saint - 21 mars 2008-

 

Thème : L’amour mène à la passion

 

                           Introduction

                   Je voudrais au début de cet entretien faire une remarque ; je la fait en parodiant Dom Divo Barsotti dans sa prédication d’une retraite au Vatican. « Il me semble, faisait-il remarquer, que l’un des graves dangers encourus par le christianisme aujourd’hui est le ‘culturalisme’. Nous prononçons tant de discours, nous écrivons tant de livres, (je dirai nous lisons tant de livres), et tout risque de n’être qu’un pur jeu de paroles. Nous nous complaisons dans nos recherches, nos études, nous faisons confiance - avec la naïveté des enfants et la présomption des adultes - aux puissances de notre raison, comme si elle pouvait nous assurer à la fois la véritable connaissance de Dieu et le renouvellement de l’Eglise, et pendant ce temps, nous perdons le véritable contact avec Dieu : notre foi périclite, et notre message demeure stérile. Nos universités, (je dirai nos séminaires) ne nous apprennent plus à croire, nos professeurs ne nous apprennent plus à prier. La foi des simples semble plus grande et plus pure que celle des théologiens que nous sommes. C’est en tenant compte de cette remarque que je voudrais tenir les propos de cette récollection pour qu’il lui soit évité d’être un enterrement spirituel et un dilettantisme intellectuel. Un jeune frère m’a reproché un jour d’être plus spirituel qu’intellectuel ; et un confrère attirait mon attention sur le fait que je prêche aux sentiments des gens. Mais si nous faisons trop confiance à notre raison ne nous arrivera-t-il pas de ne plus être sensible à certaine réalité de la foi comme celle de la croix ? Et s’adressant à l’intelligence, notre message ne risque-t-il pas de rester stérile ? Souffrez donc une fois encore que je m’adresse à votre sensibilité ce matin plutôt qu’à votre intelligence, à votre cœur plutôt qu’à votre raison. Je le ferai en quelques cinq points.

 

1. L’amour mène à la passion : qu’est-ce à dire ?

         Nous revivons aujourd’hui la passion de notre Seigneur Jésus Christ : tout à l’heure à travers le chemin de croix, et ce soir dans la célébration de la passion. Tout s’est passé comme nous le savons parce que l’amour mène à la passion. Nous sommes dans une logique l’amour. Passion entendue non pas dans le sens d’une émotion violente et irrationnelle bien sûr, mais passion se définissant comme les souffrances du Christ sur le chemin de la croix et son supplice. L’amour mène nécessairement à la passion et la passion à la mort. Il n’y a pas d’amour sans une certaine souffrance consentie ; souffrance pas dans le sens d’un manque qu’on cherche à combler mais dans le sens d’un effort fourni par souci d’atteindre ce à quoi on aspire. L’amour mène donc à la passion et la passion conduit à la mort. « Tant que l’amour exclut la mort l’amour n’est plus qu’un jeu. » Mais la mort conduit à la vie. Heureusement. Il l’a voulu ce Jésus dont nous revivons la passion ; parce qu’il nous a aimés. Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a envoyé son fils unique. Et lui à son tour ayant aimé les siens, il les aima jusqu’au bout, c’est-à-dire tout le temps ; mais surtout jusqu’au bout c’est-à-dire jusqu’à la passion, et avant de mourir, il pardonnant le refus de son amour dont les hommes ont fait montre. Tout par amour pour nous. Il nous a aimé espérant notre amour, car l’amour appelle l’amour. C’est pourquoi, nous essayons de répondre au mieux à cet appel du Christ à l’amour, par notre amour pour lui, pour Dieu et pour nos frères et sœurs. Prêtres et futurs prêtres, nous avons choisi de répondre d’une manière radicale et ferme à cet appel, de type ton pied mon pied du tic au tac. Car le sacerdoce est bien l’amour du cœur de Dieu. Mais qu’est-ce que aimer ? « Savez-vous bien ce que c’est que aimer, demandait l’un des héros d’Honoré D’Urfé. C’est mourir en soi pour revivre en l’autre...bref c’est une volonté de se transformer entièrement (en la chose aimée). Nous y reviendrons tout à l’heure. Voyons à présent de près le sens les deux réalités constitutives de la passion à savoir la souffrance de la croix et la mort.

 

2. La passion comme souffrance de la croix

Le sens de la croix

         Avant tout il faut repréciser le sens de la croix. Je m’appuis ici sur le P. Pierre Theil lard de Chardin, qui a parlé du sens de la croix dans Le milieu divin. Il y souligne que la croix a toujours été un signe de contradiction et un principe de sélection parmi les hommes. La foi nous dit que c’est suivant l’attraction ou la répulsion consenties qu’elle exerce sur les âmes, que se poursuit le tri du bon et du mauvais grain, la séparation des éléments élus et inutilisables, au sein de l’humanité. Là où elle apparaît de l’effervescence et des oppositions sont inévitables. Encore faut-il que ce conflit ne soit pas surexcité par une manière provocante, discordante, de prêcher la doctrine de Jésus crucifié. En effet, trop souvent la croix est présentée à notre adoration, moins comme un but sublime que nous atteindrons en nous surpassant nous-mêmes, que le symbole de tristesse, de restriction, de refoulement.

         Non, la croix est avant tout un but sublime à atteindre, et que nous atteindrons en nous surpassant nous-mêmes. Car la vie est toujours un dépassement de soi. La voie royale de la croix, c’est justement le chemin de l’effort humain surnaturellement rectifié et prolongé. Mais parce que la croix est un but à atteindre, qu’elle demande un effort, un dépassement à faire, bref elle demande un sacrifice quelque part. Toutefois, il ne faudrait pas définir le sacrifice uniquement par la souffrance, l’immolation, la mort. Mais par la souffrance, la mort, le résurrection et l’ascension. En langage chrétien, faire un sacrifice, c’est faire retour au Père. C’est donc un mouvement intérieur dont l’âme est l’amour. Il reste qu’il n’y a pas de don de soi sans refus de soi. Se donner c’est toujours quitter. « Celui qui veut me suivre qu’il se renonce à lui-même qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ». Il n’y a pas de « oui » à Dieu, sans un « non » au monde et surtout à soi.

         Le but de la croix est la communion avec Dieu dans et par la résurrection et l’ascension. La croix en soi est le signe de l’offrande de nous-mêmes à Dieu, elle est une preuve de notre amour pour Dieu et pour nos frères et sœurs. Mais nous savons qu’il n’y a pas de résurrection sans mort et l’ascension ne vient qu’après la résurrection pour le salut. D’où la nécessité de redire la vérité de la croix.

La vérité de la croix

         1ère vérité : « In cruce salus. » Le salut passe par la croix. La croix par laquelle le monde a été sauvé restera toujours le seul moyen de salut pour les âmes. Ils regarderont vers celui qu’ils ont transpercé.

         2ème vérité : La croix est pour nous à la fois une question et une réponse. Une question parce que la croix nous pose constamment à chaque fois que nous acceptons la regarder en vérité la question sur notre amour pour le Christ, pour Dieu et pour nos frères et sœurs. La croix nous dit : aimes-tu vraiment toi qui a choisi de me suivre ? Si oui, et c’est oui, si oui, il nous invite à venir à la croix avec lui. L’amour mène à la passion. Et là où est passé l’aiguille c’est là que doit passer nécessairement le fil : le Christ est l’aiguille, nous sommes le fil. Alors nous ne pouvons pas éviter la croix sans nous trahir.

Aussi, sur la croix, le Christ est réponse de Dieu à toutes nos questions humaines, matérielles, morales, intellectuelles, spirituelles, existentielles ? Nous devons donc apprendre à l’adorer dans ce sens, c’est-à-dire recevoir dans cet acte l’Esprit de la Croix.

         Remarques : Peut-être avons-nous perdu le sens de la croix ou du moins la vie actuelle ne nous donne plus l’occasion et l’espace de penser et de nous intéresser à la croix comme mortification. En tout cas, on n’enseigne ici ni la mystique ni l’ascèse.

         Bien souvent aussi nous ne sommes peut-être pas prêts à porter certaines croix. La première croix qu’il nous nous faut peut-être accepter au nom de ce que nous sommes ou de ce que nous voulons être est d’accepter de la vérité d’où qu’elle vienne. Nous restons entiers. Pourtant la passion implique une mort à soi.

 

3. La passion comme mort à soi

         La passion exige le renoncement et le non conformisme.

         Le renoncement, renoncement ou mort à soi ; si vous voulez le détachement : « celui qui veut me suivre, qu’il renonce à lui-même ». Faisons attention parce que nous sommes souvent très attachés à nous-mêmes plus que nous ne le pensons. Nous sommes très repliés sur nous-même. Mourir sa vie pour vivre en Dieu. Mourir pour vivre chemin de la croix chemin du salut. Car qui perd sa vie la trouvera. En renonçant à nous-mêmes, en nous détachant des réalités qui nous entourent, nous sommes sur le chemin de la croix. Machiavel a dû lire les évangiles parce qu’il a dit ceci que je trouve hautement chrétien. Dans Le prince, il affirme que la distance est si grande entre la façon dont on vit et celle dont on devrait vivre, que quiconque ferme les yeux sur ce qui est ce qui est et ne veut voir que ce qui devrait être apprend plutôt à se perdre qu’à se conserver. Mais justement « qui perd sa vie la trouvera ». En régime chrétien pas on gagne en perdant ; pas de vie sans mort, je veux dire qu’il n’y a pas de « oui » à Dieu sans un « non » au monde et au monde. ; « Se donner, c’est toujours se refuser, sinon les mots ne veulent rien dire. »

         Rappelons-nous pour ne pas perdre de vue que l’âme de tout renoncement, du détachement, c’est l’amour : amour de Dieu, l’amour de nos frères et sœurs, par la puissance de l’esprit qui nous est communiquée ; et passons au à la deuxième exigence de la passion qui est le non conformisme.

         Le non conformisme. « Vous êtes dans le monde sans être du monde. »         La passion du Christ est folie pour les païens. Nous prenons garde de ne pas être les païens de notre temps en n’oubliant pas cette exigence de non conformisme devant cette situation de notre temps. Personne n’a mieux souligné l’importance du non conformisme comme Martin L. KING. Dans La force d’aimer, il pose cette interrogation : « ministre de Jésus, avons-nous sacrifié la vérité sue l’autel de l’intérêt personnel et comme Pilate, aligné nos convictions sur les demandes de la foule ? » Pour lui qui veut être homme doit être non-conformiste, et pour tout ce qui regarde le progrès de l’humanité il faut faire confiance aux non-conformistes. Pour être chrétien il faut être non-conformiste, et combien davantage nous devons l’être au nom de ce que nous sommes devant la croix signe de contradiction et principe de sélection parmi les hommes. Pour être non conformiste, Saint Paul nous dit de nous transformer par le renouvellement de notre esprit. Ici il nous faut une spiritualité à tout épreuve, spiritualité comprise comme ce qui réussit à amener l’homme à la transformation intérieure.

 

4. Vers une spiritualité conséquente

         Spiritualité du renoncement, du détachement : Socrate au marché

         Il parait qu’en véritable philosophe qu’il était, Socrate était d’avis que toute personne sage devait mener une vie frugale. Lui-même ne portait même pas de chaussure ; et pourtant, il tombait constamment sous le charme des marchandises qui s’y étaient exposées. A l’un des amis qui lui demandait pourquoi ; Socrate dit : « j’aime aller là et découvrir le nombre de choses sans lesquels je suis parfaitement heureux. »

         La spiritualité de croix ici, c’est non pas savoir ce que l’ont veut mais comprendre ce dont on n’a pas besoin. Alors nous essayerons de ne pas posséder les choses, car nous ne pouvons vraiment pas les posséder. Assurons-nous seulement si elles ne nous possèdent pas et nous serons les souverains de la création.    A quoi avons-nous donc renoncé ? La croix est le signe du dépouillement, du renoncement à soi par Jésus afin de faire la volonté de Dieu. Il devient claire que suit vraiment le Christ, celui là seulement qui se détache de tout par amour de Dieu pour être disponible à faire la volonté de Dieu. La croix est cette manifestation du renoncement de Jésus à lui-même et la manifestation de son amour pour Dieu. De toutes façons, il nous faut être attentifs parce que comme le dit joliment le proverbe arabe « ce ne sont pas les difficultés du chemin qui font mal au pied mais le caillou que tu as pris dans ta chaussure. »

         La spiritualité du non-conformisme : « n’imitez personne »

         « Quand le jeune Rabbin succéda à son père, raconte Anthony de Mello, tout le monde se mit à lui dire combien il était différent de ce dernier. « Au contraire, reprit le jeune homme. Je sui exactement à l’image du paternel. Il n’imitait personne, et je n’imite personne. » Moralité de cette histoire : Soyons nous-mêmes. Soyons ce que nous sommes.

Une remarque : le 1er octobre 1979, le Pape Jean Paul II exhortait les prêtres irlandais en ces termes : « si vous cherchez à être les prêtres que vos fidèles attendent et désirent, alors, vous serez de saints prêtres (...) ce que les fidèles attendent le plus de vous, plus que quiconque, c’est la fidélité au sacerdoce. » La fidélité au sacerdoce ne se trouve nulle part ailleurs que dans la fidélité au sacerdoce du Christ, l’Unique Grand Prêtre. Nous terminons par là.

 

5. La passion du Christ, acte de sa consécration sacerdotale

         Souffrance de la croix, renoncement, non conformisme, mort à soi, voilà la réalité de la passion. « La passion constitue pour le Christ le chemin du sacerdoce, elle est la façon de devenir prêtre, sa consécration sacerdotale. »

         Le sacerdoce est l’amour du cœur de Dieu. L’amour mène à la passion. Le Cardinal Vahnoye nous enseigne dans son étude de la lettre aux hébreux que le sacerdoce du christ ne s’est pas réalisé dans une cérémonie, mais dans un événement, l’offrande de sa vie même. Le sacerdoce du Christ ne consiste pas à célébrer des cérémonies, mais à transformer l’existence réelle en l’ouvrant à l’action de l’Esprit Saint et aux impulsions de la charité divine. L’éducation douloureuse à laquelle le Christ s’est soumis a constitué pour lui-même un sacrifice de consécration sacerdotale, sacrifice non rituel, mais existentiel, transformation profonde de son humanité.

         Notre consécration doit donc se modeler sur le sacrifice du christ qui consister à la transformation de notre existence même au moyen de la charité divine « feu du ciel ».

 

 

 

Conclusion

         La passion implique la souffrance de la croix et la mort à soi qui est renoncement et non conformisme. Toutes ces réalités contenues dans la passion donne à la passion le sens de sacrifice. En tant que sacrifice, la passion est une joyeuse acceptation parce le motif qui nous y pousse est l’amour et son but qui est sublime est l’union à Dieu. Acceptation joyeuse parce que là où on aime, dit-il, il n’y a pas de peine ; et quand il y a de la peine, c’est une peine qu’on accepte avec amour. L’amour mène à la passion. « La passion constitue pour le Christ le chemin du sacerdoce, elle est la façon de devenir prêtre, sa consécration sacerdotale. ». Nous aimons Dieu, nous aimons nos frères et sœurs, nous avons choisi d’aimer comme Jésus et c’est pourquoi nous nous sommes mis à sa suite. Alors Pourquoi ne pas accepter la souffrance pour pouvoir nous sauver et sauver les âmes : c’est là la mission du prêtre. Il n’y a pas de salut sans transformation de l’être à travers une certaine souffrance. Il en a été ainsi pour le Christ ; qu’il en soit ainsi pour chacun de nous pour la gloire de Dieu et pour le Salut de tous les hommes. Amen.

 

         Gssj, vendredi 21 mars 2008

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