Famille et sainteté : exemple de la famille de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus

Publié le par Le Précurseur

Famille et sainteté : exemple de la famille de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus

La sainteté n’est pas l’exclusivité des religieux et religieuses. Les couples y sont également invités comme le montrent Louis et Zélie Martin, les parents de Sainte Thérèse, béatifiés à Lisieux le 19 octobre 2008. L’exemple, le témoignage et la fécondité spirituelle de cette famille s’étendent au-delà de la culture, de l’espace et du temps.


I. Une famille ordinaire


Louis Martin : est né le 22 août 1823 à Bordeaux. Il devient horloger à l’âge de vingt ans. C’est un métier qui demande attention, précision, conscience professionnelle. A vingt deux ans, il décide d’entrer dans un monastère mais on ne l’accepte pas parce qu’il ignore le latin. Il reprend son métier en s’installant à Alençon. C’est un jeune homme travailleur. Il aime la prière et avec ses nombreux amis, ils se retrouvent parfois dans un groupe pour échanger sur des thèmes concernant la foi. Des années passent et la mère de Louis commence à s’inquiéter : va-t-il rester célibataire ? Elle découvre une jeune fille vive, intelligente qui pourrait convenir à son fils. Ce n’est pas un mariage forcé qu’elle envisage car « un cœur de mère comprend toujours son enfant alors même qu’il ne sait que bégayer » (Ms A, 3v°).

Zélie Guérin : est née le 23 décembre 1831 à Saint-Denis-Sur-Sarthon. A vingt deux ans, elle pense avoir la vocation pour entrer chez les Sœurs de Saint Vincent de Paul. Elle aimerait soigner les malades, secourir les pauvres. Mais la Supérieure ne discerne en elle aucune vocation semblable. Zélie s’oriente dans la couture et la broderie.

Le mariage : a eu lieu en l’église Notre-Dame d’Alençon le 13 juillet 1858 à minuit, selon une coutume de l’époque. Le jeune Louis qui avait voulu être moine pensait poursuivre son idéal même après son mariage en vivant dans la continence en frère et sœur avec son épouse. Zélie, peu informée des réalités du mariage, s’est laissée convaincre. Mais au bout de quelques mois, le Père Hurel, le père spirituel de Louis, se permet d’intervenir : le mariage conduit nécessairement à la procréation. Le couple va avoir neuf enfants. Zélie écrit : " j’aime les enfants à la folie, j’étais faite pour en avoir."

II. Une famille où l’on s’aime


Zélie aime beaucoup son mari. Elle écrit : « C’est un saint homme que mon mari, j’en souhaite un pareil à toutes les femmes ». Inutile d’insister sur l’amour des parents envers leurs enfants. Cela est transparent dans les écrits de Sainte Thérèse : « Sans doute, Jésus voulait, dans son amour, me faire connaître la Mère incomparable qu'Il m'avait donnée, mais que sa main Divine avait hâte de couronner au Ciel !... Toute ma vie le bon Dieu s'est plu à m'entourer d'amour, mes premiers souvenirs sont empreints des sourires et des caresses les plus tendres !... mais s'Il avait placé près de moi beaucoup d'amour, Il en avait mis aussi dans mon petit coeur, le créant aimant et sensible, aussi j'aimais beaucoup Papa et Maman et leur témoignais ma tendresse de mille manières, car j'étais très expansive. Seulement les moyens que j'employais étaient parfois étranges, comme le prouve ce passage d'une lettre de Maman — " Le bébé est un lutin sans pareil, elle vient me caresser en me souhaitant la mort : — " Oh ! Que je voudrais bien que tu mourrais, ma pauvre petite Mère !... on la gronde, elle dit : — " C’est pourtant pour que tu ailles au Ciel, puisque tu dis qu’il faut mourir pour y aller. " Elle souhaite de même la mort à son père quand elle est dans ses excès d'amour ! "

L’esprit de famille se révèle très fort à travers l’amour de tous les enfants envers leurs parents et celui des enfants entre eux. C’est une famille qui puise ses forces dans la prière et surtout dans l’Eucharistie. Elle participe très souvent aux messes quotidiennes de 5h30 du matin en l’église Saint-Léonard et en ne manquant jamais à la communion du premier vendredi du mois. Ce qui prime dans cette famille, c’est la sanctification de chacun. Quand Marie, à dix-sept ans, voulait faire une retraite spirituelle, sa mère déclare : « L’argent n’est rien quand il s’agit de la sanctification et de la perfection d’une âme », convainquant son mari qui était réticent.


III. Une famille éprouvée


Les grandes épreuves qui ont marqué cette famille sont particulièrement la maladie et la mort. L’épreuve est à son comble lorsque Zélie Martin, souffrant de plus en plus d’un cancer du sein, est inopérable. Elle est condamnée à mourir selon le diagnostic du médecin. Mais elle continue sa vie de travail, de mère attentive, gardant son calme et réconfortant son entourage. Elle meurt le 28 août 1877.

Parmi les neuf enfants, cinq ont survécu. Voici la liste des enfants de la famille Martin :

Marie, née le 22/2/1860, morte le 19/1/1940, Religieuse carmélite du nom de Sœur Marie du Sacré-cœur.

Pauline, née le 7/9/1861, morte le 28/7/1951, Religieuse carmélite du nom de Sœur (Mère) Agnès de Jésus.

Léonie, née le 3/6/1863, morte le 16/6/1941, Religieuse visitandine du nom de Sœur Françoise-Thérèse.

Hélène, née le 13/10/1864, morte le 22/2/1870 à l’âge de 6 ans.

Joseph-Louis, né le 20/9/1866, mort le 14/2/1867, à l’âge de 4 mois, deux semaines.

Joseph Jean-Baptiste, né le 19/12/1867, mort le 24/8/1868, à l’âge de 8 mois

Céline, née le 28/4/1869, morte le 25/2/1959, Religieuse carmélite du nom de Sœur Geneviève de la Sainte-Face.

Mélanie-Thérèse, née le 16/8/1870, morte le 8/10/1870, à l’âge de 2 mois.

Thérèse, née le 2/1/1873, morte le 30/9/1897 à l’âge de 24 ans, Religieuse carmélite du nom de Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face.


IV. Une famille, lieu de vocations


Il est exceptionnel qu’une famille atteigne 100% de vocations parmi ses enfants : cinq filles dont quatre carmélites à Lisieux et une visitandine ou clarisse à Caen. Le milieu familial a favorisé ces vocations librement consacrées à la vie religieuse. On peut dire que la famille Martin est ordinaire. On peut aussi dire qu’elle est exceptionnelle. Chacun peut avoir son avis sur elle. Cependant, avec les yeux de la foi, nous découvrons que ce foyer qui a su collaborer avec la grâce de Dieu. En effet, Dieu ne refuse jamais sa grâce mais il faut un effort de notre part.

Dans son autobiographie, la Sainte, « patronne principale des missions » souligne les grâces, les faveurs de la Vierge Marie et de Jésus envers sa famille, son bonheur d’avoir eu des parents sans égaux. Un mois après son entrée au Carmel de Lisieux, Thérèse écrivait à son père : « Je ferai ta gloire en devenant une grande sainte » (LT 52). Elle nous a laissé une lettre comme une sorte de testament qui résume l’histoire de sa famille :

« Le bon Dieu m’a donné un père et une mère plus dignes du Ciel que de la terre, ils demandèrent au Seigneur de leur donner beaucoup d’enfants et de les prendre pour Lui. Ce désir fut exaucé, quatre petits anges s’envolèrent aux Cieux, et les 5 enfants restées dans l’arène prirent Jésus pour Epoux. Ce fut avec un courage héroïque que mon père, comme un nouvel Abraham, gravit trois fois la montagne du Carmel pour immoler à Dieu ce qu’il avait de plus cher. D’abord ce furent ses deux aînées, puis la troisième de ses filles sur l’avis de son directeur et conduite par notre incomparable père fit un essai dans un couvent de la Visitation (le bon Dieu se contenta de l’acceptation, plus tard elle revient dans le monde où elle vit comme étant dans le cloître). Il ne restait plus à l’Elu de Dieu que deux enfants, l’une âgée de 18 ans, l’autre de 14 ans, celle-ci, « la petite Thérèse » lui demanda de voler au Carmel, ce qu’elle obtint sans difficulté de son père qui poussa la condescendance jusqu’à la conduire d’abord à Bayeux, ensuite à Rome afin de lever les obstacles qui retardaient l’immolation de celle qu’il appelait sa reine. Lorsqu’il l’eut conduite au port, il dit à l’unique enfant qui lui restait : « Si tu veux suivre l’exemple de tes sœurs, j’y consens, ne t’inquiète pas de moi ». L’ange qui devait soutenir la vieillesse d’un tel saint lui répondit qu’après son départ pour le Ciel, il volerait aussi vers le cloître, ce qui remplit de joie celui qui ne vivait que pour Dieu seul. Mais une si belle vie devait être couronnée par une épreuve digne d’elle. Peu de temps après mon départ, le père que nous chérissions à si juste titre fut pris d’une attaque de paralysie dans les jambes qui se renouvela plusieurs fois, mais elle ne pouvait se fixer là, l’épreuve aurait été trop douce, car l’héroïque patriarche s’était offert à Dieu en victime, aussi la paralysie changeant son cours se fixa sans la tête vénérable de la victime que le Seigneur avait acceptée… » (LT 261)

La sainteté ne peut être abstraite. Elle naît, grandit et s’affermit sous l’influence des parents et, plus largement, de toute la famille pour s’éclater de façon abondante et rayonnante aux dimensions de la Famille de toute l’Eglise. L’ambiance familiale contribue à la croissance spirituelle. Elle nous dit combien le christ aime son Eglise. Ainsi les époux chrétiens sont-ils des témoins de cet amour, à chaque génération. Ceux qui sont unis sacramentellement par le mariage forment comme « une Eglise à la maison ». Leur offrande, prière, bénédiction paternelle ou maternelle sont une source de grâce pour leurs enfants et arrières-petits-enfants. Maman Zélie est convaincue de l’efficacité de sa prière de mère pour ses enfants et de sa pieuse dévotion personnelle. Thérèse raconte : « voici ce que maman disait de moi : « Il m’est arrivé une drôle d’aventure dernièrement avec la petite. J’ai l’habitude d’aller à la messe de 5 h 1/2, dans les premiers jours je n’osais pas la laisser, mais voyant qu’elle ne se réveillait jamais j’ai fini par me décider à la quitter. Je la couche dans mon lit et j'approche le berceau si près qu'il est impossible qu'elle tombe. Un jour j'ai oublié de mettre le berceau. J'arrive et la petite n'était plus dans mon lit ; au même moment j'entends un cri, je regarde et je la vois assise sur une chaise qui se trouvait en face de la tête de mon lit, sa petite tête était couchée sur le traversin et là elle dormait d'un mauvais sommeil car elle était gênée. Je n'ai pas pu me rendre compte comment elle était tombée assise sur cette chaise, puisqu'elle était couchée. J'ai remercié le Bon Dieu de ce qu'il ne lui est rien arrivé, c'est vraiment providentiel, elle devait rouler par terre, son bon Ange y a veillé et les âmes du purgatoire auxquelles je fais tous les jours une prière pour la petite l'ont protégée ; voilà comment j'arrange cela... arrangez-le comme vous voudrez !... " (Ms A 5, r°).

Zélie et Louis demeurent un foyer d’amour, une lumière aujourd’hui pour les familles chrétiennes. La fécondité de la famille Martin s’est révélée exceptionnelle. Avec la béatification des parents de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, leur influence auprès des familles s’étend au-delà de l’espace et du temps. Il est bon d’admirer et de rendre grâce pour toutes les familles qui essaient de vivre leur vocation

Abbé Thomas BICABA

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