LIBRE PROPOS: L'Eglise et la mondialisation

Publié le par Le Précurseur

LIBRE PROPOS

 

L'Eglise et la mondialisation

 

            La mondialisation est une réalité très actuelle qui nous touche de près en ce sens qu'elle exerce de façon visible son influence sur presque tous les domaines de la vie humaine, voire le domaine religieux. L'Eglise dans son universalité est bel et bien concernée par ce phénomène en cours. Mais telle qu'elle se présente de nos jours, la mondialisation semble accordée une priorité à la dimension économique sous-tendue par une politique de libéralisme tout en négligeant presque toutes les autres dimensions de la vie humaine. Ainsi donc, les spéculations financières, la concurrence déloyale, la course effrénée au profit maximum qualifient au mieux le phénomène en cours. Nous assistons à une exaltation immodérée de la puissance matérielle, de l'individualisme au détriment des valeurs authentiquement humaines. Le monde est désormais vu comme un grand marché où les plus forts écrasent les plus faibles par leur puissance économique. En un mot nous sommes en face du règne de la technocratie qui n'évalue la vie, qui ne la considère que sous l'angle de l'utilitarisme et de l'efficacité opérationnelle.

            En effet L'encyclique Populorum Progressio du Pape Paul VI a affirmé avec une grande clarté la destination universelle des biens de la terre. Malheureusement nous constatons avec douleur que ces biens sont concentrés dans les mains d'une minorité de la population mondiale qui en fait un instrument de domination sur les autres. La mondialisation qui aurait pu être un cadre où s'exprimerait l'entraide mutuelle et la solidarité internationale entre les hommes se révèle le cadre où se solidifient les inégalités, les injustices sociales dans une envergure internationale. Ainsi le fossé entre les pays riches et les pays pauvres dévient de plus en plus abyssale, créant par là même un appauvrissement dans les échanges humains.

En lieu et place des rapports amicaux, fraternels, la mondialisation a instauré des rapports de force et de conflits d'intérêts.

            Telle qu'elle est comprise et orientée de nos jours, la mondialisation n'offre pas suffisamment de chance aux pays du tiers monde de sortir de leur misère. Alors qu'elle aurait pu être un vrai hameçon qui tirerait ces pays du gouffre de la misère comme a été le plan Marshall pour l'Europe après la seconde guerre mondiale. Face à ces situations d'injustices qui fragilisent les pays pauvres et les empêchent d'exercer réellement leur autonomie, l'Eglise ne saurait observer le silence et rester indifférente et insensible. On pourrait se poser la question de savoir quel peut être l'apport de l'Eglise face à ce phénomène de la mondialisation? En d'autres termes, quelle orientation l'Eglise peut-elle donner à ce phénomène en cours en vue d'un développement intégral,d'une justice sociale mettant en relief la valeur de la personne humaine?

            L'Eglise experte en humanité partage « les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps » (GS n°1!), c'est pourquoi elle se fait la voix des sans voix, le défenseur des pauvres, des opprimés, des marginalisés du système social actuel. Dans une telle dynamique, l'Eglise ne peut que dénoncer énergiquement à travers sa doctrine sociale les diverses formes d'exploitation humaine, les déviations liées même à la vision de l'homme que véhiculent les courants mondialistes. Dans une exaltation exorbitante de la puissance économique, certains de ces courants mondialistes ne font que conduire inéluctablement l'humanité tout entière dans l'abîme d'un matérialisme pratique qui insinue partout dans les esprits des tendances égoïstes et hédonistes. La seule fin recherchée à tout prix pour la réalisation du bonheur se réduit ainsi au confort matériel, à la possession économique. « L'homme de bien » serait par exemple celui qui possède beaucoup d'argent et il acquiert de ce fait un prestige social même si sa vie morale laisse à désirer. Face à cet athéisme latent, l'Eglise se donne le devoir d'annoncer de nouveau la bonne nouvelle de Jésus Christ qui présente l'homme dans sa vérité totale. En effet, l'Eglise a été un moteur de développement dans les siècles passés et elle continue de l'être de nos jours à travers son action menée dans le monde.

            Guidée par les données de la révélation et de l'expérience humaine, l'Eglise peut proposer à la mondialisation en cours une orientation nouvelle dans ses perspectives prenant en compte les ultimes aspirations de la famille humaine. La mondialisation en cours serait vraiment un nouveau départ d'une humanité solidaire et fraternelle si elle est orientée dans le sens d'un développement intégral de l'homme incluant toutes les dimensions de son existence. A travers sa doctrine sociale, l'Eglise nous présente toujours l'homme dans son unité, dans sa totalité. Créée à l'image et à la ressemblance de Dieu, « effigie de Dieu »selon l'expression du théologien Henri de Lubac, l'homme demeure une valeur absolue, une dignité inaliénable, un sujet perpétuellement tourné vers la transcendance et vers ses semblables Et c'est dans un tel double élan qu'il parvient à se réaliser avec les autres et à donner un sens à son existence.         Face à ces nouvelles tendances contre l'homme, le pauvre, le fragilisé, l'Eglise nous invite toujours à adopter une attitude de respect envers tout homme sans distinction de rang social, d'ethnie, de race et de religion. Ainsi donc dans les choix et décisions internationaux qui engagent l'humanité tout entière, l'Eglise a toujours suggéré de revenir à l'homme pris dans sa totalité. Pour bâtir un monde merveilleux, de plus en plus humain et pétri d’un esprit familial, l’Eglise propose à la mondialisation en cours d’opérer une nouvelle orientation dans ses perspectives prenant en compte les questions ultimes liées à l’avenir de l’Homme.

 

 

Pascal OUEDRAOGO (4ème Année)

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