page spirituelle: La mission chez saint Paul

Publié le par Le Précurseur

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La mission chez saint Paul

 

INTRODUCTION

 

L’éminente personnalité qui se propose à nous pour réflexion, et ce, sous l’angle de la mission, est sans aucun doute, l’une des plus célèbre figure que l’histoire du christianisme ait connu. En effet, il suffit d’évoquer le nom de saint Paul et tout de suite, vous aurez droit à une litanie extraordinaire d’adjectifs et de substantifs y affairant au portrait saisissant de l’apôtre. Pour ce fait, nous voulons aller à la découverte de la mission de ce personnage biblique ayant fortement marqué la vie de l’Eglise. Dans notre premier numéro nous avons déjà abordé la vie de Saint Paul et son œuvre. Cette fois-ci, nous vous proposons de voir ce qu’a été sa mission.

Persécuteur farouche des chrétiens, mêlé au meurtre d’Etienne, le Seigneur lui donna rendez-vous sur la route de Damas. C’est précisément là qu’a lieu la rencontre véritable de Paul et du Christ.

Pourquoi le Seigneur se saisi de Paul ? Il va sans dire, que c’est dans l’unique but de faire de lui un instrument de sa mission d’amour. Non seulement Paul découvre la vérité de la foi chrétienne, mais aussi, c’est à cet instant que sa mission spéciale d’apôtre des païens, lui sera signifiée. Et à partir de ce moment, toute la vie de Paul se transforme en un service pour la mission du Christ.

 

 

1. PAUL RECOIS LE BAPTÊME

 

C’est dans le Livre des Actes des Apôtres que Luc nous rapporte ceci : « Il reçut alors le baptême et, quand il se fut alimenté, il reprit des forces » (Ac 9, 18). Cela fut l’œuvre d’Ananias qui d’ailleurs dira à Paul ces mots importants : « le Dieu de nos pères t’a destiné à connaître sa volonté,  à voir le Juste et à entendre sa propre voix. Tu dois en effet être témoin pour lui devant tous les hommes de ce que tu as vu et entendu. » Sans doute à partir de cet instant Paul se pose de multiples questions. Car un fils d’Israël qui abandonne la religion des ancêtres est plus qu’un déserteur,  c’est un traître,  un renégat : pire,  il devient un mechoumad,  mot terrible qui signifie un homme détruit,  un être dévasté. Ce point de doctrine concerne Saul personnellement,  en même temps qu’il concerne son peuple tout entier, dans sa croyance la plus profonde,  la plus intime,  la plus sacrée. On va désormais retrouver ce souci,  exprimé ou inexprimé,  à tous les tournants de l’extraordinaire mission qui ne fait que commencer ici à Damas.

Pour les juifs il se trouve quelque chose de complètement absurde : comment un supplicié peut-il être libérateur d’Israël au point que l’on veuille le suivre ? Paul a donc perdu la tête. La croix,  instrument de torture et non de salut ; un bois d’ignominie et non un titre de gloire ; un poteau de mort et non un arbre de vie. Et pourtant Paul est convaincu que désormais,  c’est cela qui sera l’objet de sa passion,  sa raison de vivre. Cela, il le signifie clairement lorsqu’il affirme avec force et vigueur « nous proclamons un Christ crucifié, scandale pour les juifs, folie pour les païens » 1Co1, 23. A toutes ces considérations s’ajoute, au fond de la conscience de Saul une douloureuse hésitation : comment a-t-il pu être choisi par le Seigneur, lui, l’odieux tyranneau qui a du sang sur les mains ? « C’est là l’œuvre de Dieu, la merveille sous nos yeux ! » Ps 118, 23.  L’ancien homme s’en est allé et a fait place à un homme nouveau. Ce baptême de l’eau que Paul reçoit est un symbole. Comme était un symbole la durée même de la cécité : trois jours, comme pour le Christ qui est demeuré au tombeau pendant trois jours avant de retrouver la lumière. Toutefois, si l’on peut dire que c’est l’eau baptismale qui rend la vue à Saul, elle ne lui rend pas la vie : elle lui donne une vie nouvelle. C’est pourquoi désormais il ne s’appellera plus Saul mais Paul. C’est le déclic de sa nouvelle mission. Il y a donc quelque chose de plus important que le symbole : c’est la réalité de l’adhésion, définitive et indéfectible, de ce nouveau baptisé à Celui qui va être désormais le seul guide et le seul maître de son existence. C’est le début d’une autre vie au service de la Bonne Nouvelle du Christ Ressuscité.

 

 

2. saint paul au service de l’Evangile

 

 

Il y a une grande cohérence entre l’enseignement et l’attitude de Jésus et l’ « Evangile » de Paul. Le cœur de l’ « Evangile » de Paul impliquait le message même du Christ. L’annonce de la miséricorde gratuite de Dieu à tous les pécheurs, l’accès du « Royaume » à qui veut l’accueillir sans considération de justice ou de pureté légale préalables, la loi subordonnée à la vie de l’homme et culminant dans le commandement de l’amour du prochain, c’est poser un type de rapport religieux si ouvert que l’on ne peut dire sérieusement que Paul ait inventé le christianisme.

Saint Paul pourrait on dire, est un fougueux missionnaire. C’est une âme de feu qui se donne sans réserve pour la cause de l’Evangile « annoncer l’Evangile en effet n’est pas pour moi un titre de gloire ; c’est une nécessité qui m’incombe. Oui malheur à moi si je n’annonçait pas l’Evangile » (1Co 9, 16) Ce but poursuivit par Paul est dorénavant essentiellement religieux. Pour lui il n’est plus question d’autres choses encore.  Dieu est le tout de sa vie, et il le servira jusqu’au don de sa vie.

Toute la vie de l’apôtre Paul consistera à prêcher. Une prédication essentiellement axée non sur de vaines connaissances mais sur une Personne vivante, le Christ Jésus. Dans son entreprise rien ne l’arrête. La fougue paulinienne surmontera les labeurs, les fatigues, les tribulations, les périls. De sorte que « rien de tout cela ne saurait le séparer de l’amour de Dieu et du Christ » Rm 8 35-39.  Saint Paul est prêt à souffrir la passion. Il est désormais conscient que le Christ a vraiment besoin de lui pour sa mission. C’est pourquoi rien ne peut l’arrêter dans cette mission. D’où ses immenses ambitions.

A écouter saint Paul et à le voir à l’œuvre, l’on serait tenter de le taxer d’orgueilleux. Mais en fait il n’en est rien de tout cela. C’est plutôt une fierté légitime d’appartenance au Christ qui déborde en lui au point de contaminer ceux et celles qui l’écoutent et qui le côtoient. Rien de contradictoire en cela. C’est la vie humble et sainte d’un homme heureux de vivre pour le Christ à tel point qu’il dira « ce n’est plus moi qui vit mais le Christ qui vit en moi » (Gal 2, 20).

Paul est donc un homme perdu en Dieu. C’est cela le secret de l’excellence de la prédication de l’apôtre des païens. Paul ne ménagera aucun effort en ce qui concerne la proclamation du Christ crucifié et ressuscité : c’est le « kryggme » apostolique.

A son esprit perspicace, viennent s’unir un cœur aimant et une intelligence lucide. Paul soucieux d’exposer la foi, ne veut devoir sa force de persuasion qu’à la puissance de Dieu.

Ainsi d’éminentes pensées théologiques se sont conjuguées à une passion vive de transmettre la Parole de Dieu, comment ne pas admettre que le langage ne soit balbutiant quant il est question d’exprimer la densité d’un tel message. C’est un cœur qui brûle au contact d’une intelligence tranchante.

 

3. PAUL, APÔTRE PAR CHARISME

 

L’apostolat de Paul est une grâce que Dieu lui a accordée. C’est un don par grâce,  une charge qui lui a été imposée (1 Co 9, 16) comme tel il se range parmi les actions efficaces de l’Esprit de Dieu (1 Co 12, 8-11). Paul écrira aux Galates : « l’Evangile que je vous ai annoncé n’est pas d’inspiration humaine ». Et d’ailleurs, « ce n’est pas par un homme qu’il m’a été transmis, ni enseigné, mais par une révélation de Jésus-Christ…celui qui m’a mis à part dès le sein de ma mère et m’a appelé par sa grâce, a jugé bon de révéler son Fils en moi pour que je l’annonce aux païens. . . » (Gal 1, 11. 12. 15).

Du reste l’on peut affirmer sans ambages que l’apostolat paulinien résulte directement du Christ, comme un « charisme ». De fait, Paul apparaît comme un « charismatique ». Il a des révélations et des visions (2 Co 12, 1 ; Ac 16, 9 ; 22, 18 ; 23, 11). Paul, pourrait on dire, est un appelé de la dernière heure, tel un enfant dont la mère, morte en le mettant au monde, reste inconnue de lui : c’est le sens du mot traduit par « avorton » en 1Co 15, 7. Empoigné par le Ressuscité alors qu’il était persécuteur de l’Eglise, Paul a dû faire un long cheminement spirituel. Ce cheminement allait de tout ce qui se situe après Pâques, après la résurrection de Jésus-Christ, a tout ce qui se situe avant Pâques, au crucifié, à son ministère, à son enseignement, à sa vie.

Annonciateur du Christ, les communautés constituent son champ d’action. Paul est un homme sincère, droit, désintéressé, doux, maternel, paternel, aimant, courageux, travailleur, bref il se conduit toujours « de manière sainte, juste et irréprochable. . . »

 

CONCLUSION

 

Force est de constater qu’en définitive, il est impossible de parler de la mission de saint Paul et faire abstraction de la puissance de sa prédication. Non point simple discours, mais dynamisme vainqueur par l’action de l’Esprit, annonce pleine d’assurance, parole d’homme où l’on reconnaît la Parole de Dieu parce que celle-ci s’atteste à l’auditeur lui-même. En témoigne sa personnalité et le contenu de toutes ses épîtres.

 

Frère Ibrahim Gérard (religieux rédemptoriste)

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