DOSSIER: Christologie chez Saint Paul

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DOSSIER

 

Christologie chez Saint Paul

 

            A l'intérieur du christianisme des origines, Paul de Tarse occupe une place de première importance. Mieux, en scrutant les écrits du NT, on se rend compte qu'il est l'un des personnages le plus en exergue parce que nous avons de lui des lettres, documents de première main où lui-même se présente et présente sa pensée(l). Avec justesse, on considère qu'il est de ceux qui construisent la première cathédrale de la pensée chrétienne. Précisément la richesse de sa production théologique constitue un défi pour quiconque affronte ce géant de l'orthodoxie. Doit-on oublier d'ailleurs que Pierre témoigne certes d'une grande estime pour sa pensée mais qu'il invite pourtant à la prudence (2 P 3, 15-16)? Le fil conducteur qui éclaire et transfigure tout son édifice trouve son fondement dans son expérience sur le chemin de Damas, sa rencontre avec le Christ ressuscité. On peut déduire que son approche christologique porte la marque indélébile de cette expérience extrêmement personnelle. En effet, cet événement fixait la grille de lecture de toute réalité à la lumière du mystère de Jésus-Christ. Il s'agit ni plus ni moins que l'affirmation du caractère christocentrique de la pensée paulinienne. En d'autres termes, le Christ devient son unique raison de vivre si bien qu'il peut considérer comme une perte tous les avantages qu'il avait (Ph 3, 7-8). Sans prétention, il ose affirmer, « pour moi vivre, c'est le Christ» (Ph 1,21) et «je vis, mais ce n'est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20). Toute la vie de Paul peut être résumée dans une phrase au contenu fort: « Qu'importe! De toutes les façons le Christ est annoncé » (Ph 1, 18). Son existence n'aura plus de sens qu'en rapport au Christ car aussi bien dans la vie que dans la mort, il appartient au Seigneur (1 Cor 10,31 ; Rm 14,7).

            Dès lors, Paul parlera de Celui qui l'a terrassé non par ouï-dire mais parce qu'il l'a rencontré. Nous avons là, la veine de sa christologie. Le point de départ n'est pas doctrinal mais la rencontre avec une personne. Il ne s'agit pas d'une idée spéculative mais le résultat d'une expérience. Ayant saisi tout l'enjeu de cette vérité, Benoît XVI, dans son ministère pétrinien, ne cesse de rappeler que le cœur du christianisme n'est pas d'abord une doctrine, une idée ou une morale mais avant tout, la rencontre avec une personne: Jésus-Christ.(2)

            La particularité de la pensée de Paul exige une méthode appropriée pour l'approcher pertinemment. Il s'agit pour nous d'interpréter une source, qui est normative. La méthode qui guidera l'élaboration de cette contribution consistera à étudier la christologie de Paul d'abord et surtout dans sa manière de vivre totalement pour le Christ de sorte que tous les aspects de sa vie et de son ministère reçoivent leur ultime sens de la rencontre avec le Verbe incarné, mort et ressuscité. Cette christologie, en définitive, prend au sérieux l'existence chrétienne comme point de départ nécessaire de toute élaboration spéculative. Cet essai, loin d'être une christologie systématique est plutôt biblique. La christologie systématique affirme certes le rôle normatif de l'Ecriture sans pourtant annuler le cheminement de la Tradition confirmée par la contribution des deux poumons de l'Eglise, l'Orient et l'Occident, exprimée dans des formules dogmatiques et témoignée par le « sensus fidei» du peuple chrétien. Le présent article consistera à montrer modestement comment le Christ est au cœur de la vie, de la pensée et de l'annonce de Paul. Le caractère fécond et polyandrique de sa christologie justifie que nous montrions d'abord la possibilité d'une pluralité d'approches d'avant d'esquisser seulement les grandes lignes du mystère du Christ dans les limites de l'espace qui nous a été accordé.

 

1. Approches possibles de la christologie de Paul

            Une admirable remarque d'Albert Schweitzer nous aide à comprendre la singularité de la pensée de ce grand Apôtre qui résiste à toute simplification. Selon Schweitzer, Paul a assuré pour toujours dans le christianisme le droit de penser(3). En effet, l'Apôtre des Nations est l'un des penseurs les plus créatifs des origines chrétiennes. Mais avec Lucien Cerfaux, il faut affirmer que sa pensée est compliquée et c'est pour cette raison qu'on peut l'aborder de bien des côtés (4). Tout cela explique la pluralité d'approches de la christologie de Paul.

- On pourrait tout simplement faire un exposé des différents thèmes christo logiques qui font l'objet des réflexions de l'Apôtre des Nations. Mais l'objection qui peut être formulée est celle-ci: la christologie de Paul doit-elle être étudiée de manière globale ou analytiquement lettre par lettre? Une telle question a comme présupposé de fond que les lettres de Paul n'ont pas totalement une cohérence interne et comporteraient des tensions(5). En réalité, c'est qu'il existe dans l'Apôtre lui-même un pluralisme selon les situations ou les opposants en face : desquels il développe sa christologie. Pour cette raison, rendre compte de cette abondante diversité de problématiques parfois contradictoires n'est pas une entreprise facile et le choix de la méthode pourrait porter préjudice à l'équilibre de la réflexion.

- Il est possible aussi, en prenant au sérieux la stature de Paul qui est l'homme des trois cultures", de par son origine juive, de par sa langue grecque, et de par sa prérogative de "civis romanus", comme l'atteste son nom d'origine latine, de montrer tout le génie et la contribution de ce passionné du Christ dans la formation et l'approfondissement du discours christo logique. Quand on parle de la christologie de Paul, nous devons cependant nous poser la question si on doit considérer seulement la pensée du Paul historique ou doit-on examiner toute la tradition paulinienne(6). Peut-on traiter de la christologie de Paul en oubliant qu'il n'est pas resté un géant isolé puisque son exemple a fait école?

- On peut enfin faire l'option de traiter cette question en la situant au cœur des débats christologiques actuels. Dans ce sens, qu'on le veuille ou non, une réflexion sur sa christologie ne peut ignorer la question de la relation entre le Jésus de Nazareth ou le Jésus de l'histoire et le Christ de la foi. D'autant plus qu'on a souvent accusé Paul, qui n'a pas connu Jésus de l'histoire, d'être le second fondateur du christianisme, on comprend la nécessité d'aborder les questions qui permettent certes de montrer le génie de l'Apôtre des Nations tout en le situant dans la continuité de la tradition de l'Eglise primitive. Paul est-il l'inventeur de la christologie ou c'est sa rencontre avec le Christ qui lui a permis de tirer toutes les conséquences du message chrétien? Quelle est sa fidélité à Jésus et quel est son lien avec l'Eglise primitive(7). La réponse pour ne être pas simpliste requiert de longues considérations.

            Ces différentes questions peuvent déterminer de multiples approches. Mais dans l'impossibilité de les aborder, on se devait de les mentionner pour éviter d'être partiel. En les signalant, notre visée est d'élargir le champ d'appréciation du lecteur et de l'inviter à "- approfondir la problématique. Cet article, conscient des limites que comporte tout choix méthodologique, entend esquisser (car vu la vastitude du sujet, il ne peut s'agir que d'une esquisse), quelques aspects de la christologie de l'Apôtre des Nations.

 

2. Une christologie vécue

Les lettres de Paul étaient des écrits de circonstance répondant à des questions pastorales concrètes. Paul était moins préoccupé de donner un enseignement systématique que de répondre aux questions existentielles des communautés chrétiennes. C'est dans ce contexte que son enseignement sur le Christ affleure toutes ses lettres. Sa christologie s'est donc formée sous la poussée des problèmes qui surgissaient dans les communautés. Il s'agit d'une christologie vécue. En effet, il part toujours du Christ pour résoudre les différentes questions qui lui sont posées (1 Cor 1, 18-2, 16) ou pour expliquer les traits de l'identité chrétienne (Rm

3, 21-5, 21). Ce sont ces indices qui montrent que l'événement Jésus-Christ est le donné déterminant de son discours. Il a une conception précise du Christ même s'il ne l'expose pas de manière systématique. Jésus-Christ est le moteur propulseur de toute sa pensée aussi bien dans le sens ontologique de la divinité que dans le sens fonctionnel de la sotériologique(8). Le théologien et le pasteur sont une seule personne dans l'Apôtre des Nations car sa vie et sa réflexion ne sont jamais séparées. C'est pourquoi on doit constater que Paul a devant soi non pas d'abord des concepts mais une histoire à interpréter. Cette histoire enveloppe trois éléments de fond: l'expérience de la passion, mort et résurrection du Christ, son expérience sur le chemin de Damas et la situation concrète des diverses communautés chrétiennes auxquelles il s'adresse. Cette christologie de Paul envahit son action, ses sentiments, sa pensée en un mot, toute sa vie.

 

3. Jésus Christ pour Paul n'est pas un personnage du passé

            Paul sait qu'on ne peut mettre à l'ombre la dimension du Jésus historique parce qu'il s'agit de la pierre de touche sur laquelle se base la foi post-pascale(9). Jésus connaît deux phases d'existence: une phase historique et une phase métahistorique par sa résurrection. Néanmoins ces deux phases ont un point de coïncidence dans la mort-résurrection. Ainsi si pour la première phase, vaut la mémoire, pour la seconde, nous avons l'assurance d'une présence. Le glorifié n'est pas un personnage du passé. Cette donnée fondamentale fait que même si Paul ne parle presque jamais des miracles, des paraboles et des différentes paroles de

Jésus que nous connaissons par le biais des Evangiles, on doit noter cependant qu'il connaît plusieurs faits de la vie du Nazaréen. Il sait que Jésus était vraiment homme (Ga 4, 4 ; Ph 2, 7), il descendait des patriarches d'Israël (Ga 3, 16; Rm 9, 5). Il est d'origine davidique (Rm 1,

3), il a célébré le dernier repas de sa vie la nuit où il était livré (1 Co Il, 23) et surtout il sait que Jésus est mort sur la croix. Il arrive aussi que Paul mentionne explicitement des paroles de Jésus en trois moments: autour de l'indissolubilité du mariage (1, Co 7, 10), sur le fait que celui qui annonce l'Evangile doit vivre de l'Evangile (1 Co 9, 14) et enfin les paroles de la Cène (1 Co 11, 24-25). Mais la caractéristique de Paul, c'est qu'il ne raconte pas, il réfléchit.

Son attention se concentre sur la valeur de la mort et de la résurrection de Jésus, non dans une description mais une contemplation en vue de mettre en lumière sa portée pour toute vie chrétienne. Ainsi, il établit parfaitement un lien entre le Jésus de l'histoire et le Christ de la foi. Le point décisif de la présentation de Jésus de la part de Paul se trouve en ceci: Jésus pour Paul n'est pas un personnage du passé, il est d'aujourd'hui. Avec Jésus Christ, le rapport n'est pas extrinsèque et lointain car il vit au-dedans de Paul (Ga 2, 20). Sans Jésus Christ,

Paul non seulement n'aurait pas entrepris son ambitieuse activité missionnaire ni n'aurait pu repenser et réorganiser son patrimoine religieux et culturel de pharisien observant. On doit conclure que pour Paul, Jésus Christ est un personnage central de sa vie aujourd'hui. Les titres de Seigneur ou Kurios, Fils de Dieu, de la préexistence éternelle du Fils et de sa descente, du dernier Adam, de l'Image de Dieu, de la Sagesse créatrice, du Premier-né ou récapitulant toutes choses disent comment le mystère christologique ne se laisse pas enfermer dans les seuls concepts. Ainsi, le mystère du Christ est au centre des réflexions de l'Apôtre et c'est un exemple parfait de christocentrisme.

 

4. La Résurrection du Christ comme structure fondamentale de la pensée de Paul

            Aux yeux de Paul, avant sa conversion, Jésus de Nazareth était mort comme un maudit puisque sa fin sur une croix en constituait la preuve (Ga 3, 13). Mais Dieu n'est pas resté sans répondre à son Fils car il l'a délivré de la mort et l'a constitué Seigneur des vivants et des morts. Cette conviction fait que Paul expérimente une réalité qu'il vit chaque jour comme l'horizon permanent de son existence. Il est convaincu de la présence salvifique de Dieu en

Jésus-Christ. C'est pourquoi la résurrection sous-tend tout son enseignement. Il fait comprendre aux Corinthiens, comme il l'avait fait avec les Thessaloniciens (1 Th 4, 13-18), quel a été son premier message. Il nomme celui-ci son « évangile » (1 Cor 15, 1), puis son kérygme (1 Cor 15, 2; 15, 12). Ce message que Paul annonce est le fondement de la foi de l'Eglise. L'exposé christologique de 1 Cor 15, 3-8 est un résumé doctrinal conçu qui relate les faits chrétiens fondamentaux (10) . Au cœur de cette christologie se trouve l'affirmation de la

mort-résurrection du Christ. Ce fait central du message chrétien trouve chez Paul un approfondissement original. Pour lui, Jésus, le Seigneur est Vivant. La valeur théologique de la mort et de la résurrection est mise en lumière par la mention de l'accomplissement des

Ecritures. A la suite de la tradition, Paul envisage la mort du Christ pour sa valeur de rédemption. Sa résurrection l'établit dans sa puissance spirituelle: il est le point de départ de la nouvelle création. La mort et la résurrection du Christ constituent ainsi la nouveauté qui change le monde. Dans sa catéchèse sur saint Paul, Benoît XVI, soulignait en parlant de la mort et de la résurrection, que « c'est là que se trouve la clef de voûte de la christologie paulinienne: tout tourne autour de ce centre de gravité. Tout l'enseignement de l'apôtre Paul part de et arrive toujours au mystère de Celui que le Père a ressuscité de la mort. La résurrection est une donnée fondamentale, une sorte d'axiome préalable (cf. 1 Co 15, 12), à partir duquel Paul peut formuler son annonce (kerygma) synthétique: Celui qui a été crucifié, et qui a ainsi manifesté l'immense amour de Dieu pour l'homme, est ressuscité et il est vivant parmi nous »(11).

Quand Paul est arrêté à Jérusalem et qu'il se retrouve devant le sanhédrin en tant qu'accusé, son plaidoyer est: « c'est à cause de notre espérance en la résurrection des morts que je passe en jugement» (Ac 23, 6). En disant que la structure de la pensée de Paul a la résurrection du

Christ comme fondement, on ne se trompe pas. Ce point focal et ce centre organisateur de sa christologie lui donne d'explorer des thèmes conformes à sa propre herméneutique de

l'Evangile. Sa christologique fait épanouir son originalité par l'affirmation de la primauté du

Christ, la place essentielle de la rédemption, du rachat, de la libération, de la réconciliation et de la justification par la foi. La résurrection est alors la synthèse de l'annonce évangélique.

 

5. L'incidence de la christologie de Paul sur notre foi

Cette étude rapide de la christologie de Paul nous donne un éclairage pour une approche des problèmes d'aujourd'hui. La pensée si féconde de ce théologien pasteur reste toujours à découvrir tellement ses intuitions fondamentales furent nombreuses. Au constat que sa vie, c'est le Christ, Paul nous dit qu'être chrétien, c'est laisser transformer nos vies de l'intérieur par le Christ. Al' école de Paul, nous redécouvrirons les traits caractéristiques qui définissent l'identité chrétienne. Être chrétien, veut dire aussi faire un choix qui comporte des risques et engage la vie jusque dans la mort par fidélité. En fondant sa christologie sur la résurrection,

Paul nous rappelle qu'il a fallu que le Christ fasse l'expérience de la mort avant de devenir le

Seigneur des vivants et des morts. Vivre notre foi signifie introduire la dimension de la croix dans nos options car mourir avec le Christ, c'est vivre avec lui. Si l'objectif de l'année paulinienne est d'apprendre de saint Paul la foi, à connaître le Christ et à mener une vie juste comme le rappelait le Pape, on comprend tout le bienfait que nous offre sa christologie. Il a répandu dans le monde l'Evangile qui avait transformé sa propre vie, en l'interprétant pour les esprits de son temps en termes vivants et audacieux. Un Evangile capable de supporter les réinterprétations successives sans perdre de sa force vitale, puisque le Christ est Seigneur du Temps et de l'Histoire. En définitive, si pour Paul, la figure du Christ est la clé pour ré interpréter les éléments constitutifs de sa vie et de sa foi juive, il convient cependant de souligner que cette christologie est théocentrique (1 Cor 15,28). Avec Paul, on est sûr d'être introduit dans un discernement de la hiérarchie des vérités chrétiennes.

 

 

 

 

 

NOTES

 

1 Plusieurs personnes retiennent que c'est un des éléments qui expliquent la particularité du témoignage de Paul. En effet, aucun des auteurs du NT ne nous donne un témoignage sur les débuts de sa propre expérience chrétienne comme le fait Paul avec pathos. Si l'on pense que nous connaissons Jésus par l'intermédiaire du témoignage d'autrui, on peut comprendre le privilège de Paul.

2 BENOIT XVI, Lettre Encyclique Deus caritas est, (25 Décembre 2005), n. 1.

3 Cff. Cité par R. PENNA, 1 ritratti originali di Gesù il Cristo. Inizi e sviluppi della cristologia neatestamentaria, San Paolo, Balsamo 1999,90.

4 Cff. L. CERFAUX, Le Christ dans la théologie de Paul, Cerf, Paris 1951,7.

5 Cff. R. E. BROWN, Que sait-on du Nouveau Testament? Bayard, Paris 2000, 478-478.

6 Sept lettres attribuées à Paul sont communément reconnues comme authentiques. Il s'agit essentiellement de Romains, 1-2 Corinthiens, Galates, Philippines, 1 Thessaloniciens, Fhilémon. Les lettres dont l'authenticité est contestée: 2 Thessaloniciens, Colossiens, Ephésiens, Tite, 1-2 Timothée. Toutes ces distinctions sont importantes si l'on entend étudier soit la pensée de Paul soit le courant paulinien.

7 Cff. R. PENNA, 1 ritratti originali di Gesù il Cristo, lnizi e sviluppi della cristologia neotestamentaria , San Paolo, Cinisello Balsamo 1999,94.

8 Cft. R. PENNA, 1 ritratti originali di Gesù il Cristo, Inizi e sviluppi della cristologia neotestamentaria , 94.

9 Cft. R. SCHNACKENBURG, « La christologie du NT », in Mysterium Salutis 10, Cerf, Paris 1974, 144.

10 Cft. B. MAGGIONI, Il Dio di Paolo. Il Vangelo della grazia e della liber/a, Paoline, Milano 2008, 17-18.

11 BENOIT XVI, « L'importance de la christologie. Importance de la résurrection)} in Audience générale du mercredi 5 novembre 2008.

 

 

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