Interview de la Sœur Judith Minoungou

Publié le par Le Précurseur

Interview de la Sœur Judith Minoungou

 

Le Précurseur : Bonjour ma sœur ! Le Précurseur vous souhaite la bienvenue dans la Cité de Saint Jean-Baptiste. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

 

Sœur Judith : Bonjour à vous fidèles lectrices et lecteurs du «Précurseur» et grand merci pour vos souhaits de bienvenue. Je m'appelle Rufine Judith Minoungou. Je suis originaire de la région de Tenkodogo dans le Diocèse de Koupéla, mais ma famille est, depuis plusieurs années, installée à Ouagadougou  sur la Paroisse de Kologh-Naba. Le métier de mes parents m'a conduite, de même que mes frères et ma sœur à souvent changer d'école. Ainsi donc, mon école primaire s'est faite à Gaoua,

Ouagadougou, Dédougou, Kaya. Ce n'était pas facile de toujours déménager, de quitter des amis qu'on venait de se faire et d'être la plupart du temps parmi «les nouveaux» de l'école. Mais ce sont des années de riches expériences. Mon secondaire n'a guère été plus stable: 6ème au Collège Marie-Reine de Tenkodogo, 5ème au lycée Mixte de Gounghin, 4ème et 3ème au Collège Notre-Dame de Kologh-Naba et de la 2nde à la terminale au Lycée Technique de Ouagadougou. Après mon BAC

série G2, Je suis orientée à l'Institut Universitaire de Technologie (IUT) de Ouagadougou, d'où je sors avec un Diplôme Universitaire de technologie Gestion et Administration des Entreprises, option Finance Comptabilité. Le diplôme sous le bras, commença alors la recherche du travail et même un projet de création d'entreprise. Après divers stages en entreprise, j'ai eu mon premier contrat d'embauche à Projet Production Internationale (PPI-RF) en qualité de Chef Comptable. J'ai beaucoup aimé ce travail et mes collègues de travail, pour la plupart des hommes à l'époque, sont devenus de véritables amis et frères. En 1999, après sept ans de service, je quitte ce métier et cette entreprise, pour entrer au Foyer de Charité Le « Buisson Ardent » à Koudougou.

Il faut également souligner que j'ai été pendant toutes mes années d'études, militante et responsable dans la Jeunesse Etudiante Catholique (JEC).

 

Le Précurseur : Nous serons très heureux de savoir ce qu’est le Foyer de Charité.

 

Sœur Judith : Question intéressante, étant donné que nous ne sommes pas bien connus au .Burkina malgré nos 25 ans de présence au Pays des Hommes Intègre. J'essayerai de vous présenter en quelques lignes l'œuvre des Foyers de Lumière, de Charité et d'Amour, en abrégé: Foyer de Charité. L'œuvre des Foyers de Lumière, de Charité et d'Amour est née en 1936 dans un petit village nommé Châteauneuf-de-Galaure dans le Diocèse de Valence en France. Le 10 Février 1936, l'Ab. Georges Finet vient apporter un tableau de Marie Médiatrice de toute grâce à Marthe Robin pour une école du village dont elle avait eu l'initiative. Cette rencontre entre le Père Finet et Marthe Robin marque le début de ce que Jésus à Marthe Robin désignera comme «l'œuvre splendide de mon cœur », «la maison de mon cœur ouvert à tous ». Le Père Finet dira plus tard: «je pensais apporter la Sainte Vierge, mais c'est elle qui m'emmenait ». Marthe Robin est une mystique du 20ème siècle. Née le 13 mars 1902, elle est morte le 06 février 1981. Marthe, paralysée et malade a reçu la grâce des stigmates : et a vécu dans son corps durant de nombreuses années la Passion du Christ. Ne pouvant rien avaler, elle a vécu pendant plus de 50 ans uniquement de l'Eucharistie. Malgré sa maladie qui la tient dans son lit, Marthe reçoit dans sa petite chambre des milliers de personnes qui viennent lui demander la prière et des conseils. Le Père Finet nous a laissé cette «définition » des Foyers de Charité: «Ce sont des communautés de baptisés, hommes et femmes, qui à l'exemple des premiers chrétiens mettent en commun leurs biens matériels et spirituels. Ils vivent dans le même esprit, leur engagement, pour réaliser avec Marie comme

mère, la famille de Dieu sur terre. Ils sont sous la conduite d'un prêtre, et vivent dans un incessant effort de charité entre eux. Ils portent par leur vie de prière et de travail, un témoignage de lumière, de charité et d'amour selon le grand message du Christ Roi, Prophète et Prêtre».

Notre modèle est la Ste Famille de Nazareth. Nous voulons être des familles qui accueillent et donnent Jésus au monde. Ainsi, par l'offrande de nos personnes, de nos prières et de nos travaux, nous voulons être des lieux de rencontre et de « tête-à-tête » entre le Seigneur et toute personne de bonne volonté.

Nous vivons de manière privilégiée la communion entre le sacerdoce baptismal des laïcs et le sacerdoce ministériel du prêtre, c'est la grande nouveauté des Foyers de Charité. Notre charisme est pour la « régénération » du monde entier par le moyen privilégié de la prédication des retraites et principalement des retraites Fondamentales (Exposé de la foi chrétienne). Chaque Foyer peut, selon les compétences de ces membres et de la demande, développer des œuvres secondaires telles qu'écoles, infirmeries Les foyers sont présents sur tous les continents et en Amérique il y a environ une vingtaine.

Le Foyer du Burkina Faso « le Buisson Ardent » qui est situé à Goundi, dans le Diocèse de Koudougou, a été demandé en 1983 par la conférence épiscopale à la suite de la célébration des 75 ans d'évangélisation de notre pays, pour aider à l'enracinement de la foi. Nous sommes aujourd'hui une communauté de vingt personnes et le Père du Foyer est le Père Larbat Jacques prêtre du Diocèse de Bobo Dioulasso. Je profite de l'occasion qui m’est donnée dans vos colonnes, pour inviter les lecteurs à venir découvrir notre maison.

 

 

Le Précurseur : Après quelques années à l’Université de Ouagadougou, sept ans de travail dans une entreprise de la place, vous intégrez le foyer de Charité. Comment s’est fait ce passage de la vie active à la vie religieuse ou contemplative ? Quel a été le déclic ?

 

Sœur Judith : Ceci est une grande question qui sonne pour moi presque comme une relecture de vie.

J'ai découvert le Foyer de charité de Koudougou lors d'une récollection. C'était au début de ma carrière professionnelle et cette époque j'étais en recherche sans trop savoir vers où diriger ma vie. La vie consacrée m'attirait beaucoup, mais d'un autre côté une vie d'époux chrétiens bien engagés ne me déplaisait pas non plus La mission des Foyers de charité m'a beaucoup interpellée et je me suis dit pourquoi pas? Quatre ans ont séparé mon premier séjour au Foyer et mon deuxième séjour où l'appel s'est fait plus claire pour moi. Dans les six mois qui suivaient, j'ai donné ma démission à mon travail à la grande surprise de tout mon entourage, quelques -uns se demandent encore si je n'ai pas perdu la tête...Avec le recule, j'ai le sentiment que tout ce que j'ai pu vivre a été une sorte de préparation à ce don de moi-même à la suite du Christ. Je peux ainsi chaque jour admirer la sollicitude divine à mon égard.

 

 

Le Précurseur : Pendant votre temps de discernement de l’appel de Dieu vous reprenez les études en Suisse. Pourquoi le choix des Ecritures Saintes comme domaine ? Vos motivations ?

 

Sœur Judith : Merci pour cette question. Lorsque j'ai manifestée mon désir de m'engager dans la vie des Foyers de charité, il m'a été proposé une formation de 2 années à l'Ecole de la Foi de Fribourg en Suisse. L'école de la Foi de Fribourg est née d'une intuition du Père Jacques Loew de l'Ordre de St Dominique mort en 1999. Pour le P. Loew, la Parole de Dieu est la «colonne vertébrale », la charpente qui tient debout toute vie chrétienne. S'inspirant de Ac 2, 42 : «Ils se montraient assidus à l'enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières », le P. Loew a voulu une école pour former des chrétiens solidement enracinés dans la Parole. Les 3 « piliers» de l'Ecole de la Foi sont: La Parole Etudiée, célébrée et vécue. Pendant deux ans, étudiant, priant et vivant en petite communauté (équipe de vie), les disciples (désignation des étudiants de l'école de la foi) peuvent goûter à toute la beauté, mais aussi à toute l'exigence de la Parole de Dieu. A la fin de ces deux ans qui ont été vraiment « décapants », j'ai pu découvrir toute la richesse et ce que représente la Parole de Dieu pour toute vie à la suite du Christ. Je suis ainsi « tombée amoureuse » de la Parole. J'ai aussi pris la mesure de ce que serait la vie des nombreux chrétiens de mon pays s'ils pouvaient découvrir et aimer la Parole de Dieu comme nourriture pour leur vie

de foi. Dans cette perspective un passage biblique m'avait fortement interpellé, c'est Ac 8, 30-31 : « ... Philippe y courut, et il entendit que l'eunuque lisait le prophète Isaïe. Il lui demanda.. " Comprends-tu donc ce que tu lis? " Et comment le pourrais-je, dit-il, si personne ne me guide ?"

Lorsque j'ai eu l'opportunité de poursuivre des études de théologie à la Faculté de Théologie de l'Université de Fribourg, le domaine de l'Ecriture Sainte s'est imposé à moi comme une évidence et cela correspondait providentiellement au projet de mon supérieur qui me demandait ces études. Cela n'a pas été facile pour l'ancienne comptable que je suis. Mais ne dit on pas que l'amour peut tout?

 

Le Précurseur : Vous êtes la première religieuse à participer à la formation intellectuelle des futurs agents pastoraux, en tant que professeur. Quels sentiments vous ont habité à la demande de ce service ?

 

Sœur Judith : Des sentiments bien étranges: craintes, doutes, le tout mêlés de joie. Je crois que ce sont les sentiments qui habitent tout « pionnier » comme vous dites. La demande a été adressée à mon supérieur le Père Larbat qui me l'a annoncée en me suggérant de l'accepter. J'ai mesuré toute la responsabilité que cela impliquait et je me suis demandée si je serai à la hauteur de la tâche. En plus, je suis déjà bien occupée avec mes autres engagements. Cependant, j'ai accepté en pensant à l'ouverture que cela sera pour mes frères séminaristes et aussi pour moi. J'avoue que cela a été une très grande surprise, je ne m'attendais pas du tout à une telle proposition! En effet, bien souvent pendant mes études, j'ai réfléchi à ce que je ferai en rentrant, et je peux vous dire qu'enseigner au Séminaire ne faisait pas parti en soi de mon projet, parce que j'avais beaucoup de préjugés. Je me disais qu'en tant que femme, je n'avais aucune chance de ce côté... Permettez-moi par vos colonnes de présenter mes excuses à qui de droit. Je voudrais par contre remercier le Père Recteur de St Jean, Ab. Pierre Claver Malgo, qui est à l'origine de cette initiative «révolutionnaire » de même que nos Evêques, et en particulier Mgr Thomas Kaboré responsable des Séminaires, pour cette grande confiance. Je demande incessamment l'Esprit-Saint pour accomplir au mieux cette mission d'Eglise. Je suis également reconnaissante envers ma communauté et bien d'autres amis qui m'accompagnent par leurs prières.

 

Le Précurseur : Après des raisons de santé, vous vous retrouvez au milieu de tant de jeunes et de surcroît des garçons. Qu’est-ce que cela peut avoir d’impact ou d’influence sur vous ? Etes-vous hésitante, mal à l’aise ou confiante ? Vos impressions ?

Sœur Judith : Etant donné que je réside à Koudougou, je devais venir pour 7h de cours toutes les 2 semaines. Mon premier cours devait avoir lieu le 26 et le 27/02, mais des

problèmes de santé ne m'ont pas permis de commencer. Ce n'est que ce 19 mars en la solennité de la St Joseph que j'ai pu commencer effectivement les cours.

Je ne dirai pas heureuse maladie...mais j'étais heureuse de commencer ma mission dans la citée du Précurseur sous la garde de St Joseph. Il est juste que c'est la première fois que je suis face à un auditoire exclusivement masculin!

La différence de sexe n'est pas ce qui m'a préoccupée en premier, j'ai évolué dans des milieux pour la plupart majoritairement masculins. Mon véritable souci était de pouvoir donner le meilleur et répondre aux attentes de l'auditoire que j'aurais en face. Cependant, Je me suis surtout réjouie de cette opportunité d'échange et de partage. J'ai été très bien accueillie par les autres professeurs qui ont su me mettre à l'aise. Je saisi l'occasion pour leur dire toute ma reconnaissance. Je me sens bien en famille et suis assez confiante pour la suite.

 

 

Le Précurseur : Merci ma sœur pour votre disponibilité. Un dernier mot à nos lecteurs ?

 

Sœur Judith : C'est moi qui vous remercie pour votre accueil chaleureux et pour cette occasion que vous m'avez donnée de me présenter à vos lecteurs. Je voudrais terminer en rendant hommage aux habitants de la citée du Précurseur. Ils sont pleins de délicatesse et pour des hommes, je suis toute admirative! Le 20 décembre dernier lors de mon engagement définitif dans l'œuvre des Foyers de charité, une délégation du séminaire était venue prier avec moi. Pendant tout le temps où j'ai été malade, ils ont prié pour moi et quelqu'un a régulièrement pris de mes nouvelles. Tout cela alors même que je n'avais pas encore commencé à donner les cours! Avec le Psalmiste il me semble qu'on peut dire qu'à la cité du précurseur: «Il est bon, il est doux pour des frères de vivre ensemble et

d'être heureux ». Que cet esprit vous habite toujours et que vous soyez des prêtres selon le cœur de notre Seigneur. Je souhaite à toutes et tous une bonne route vers la Lumière de Pâques, et bon vent au Précurseur.

 

 

Interview réalisée par Abbé Siméon SAWADOGO

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